Oh My Buddha

Blog Surf Yoga Voyages

Le plaisir (et la douleur) de vivre sa légende personnelle

Je me souviendrai toujours ce matin du mois d’août, il y a presque trois ans. La marque canadienne Lolë m’avait choisie comme ambassadrice quelques semaines auparavant et je m’apprêtais à donner l’un de mes tous premiers cours de Yoga. Sur la péniche du Wanderlust. A 80 personnes. Avant d’ouvrir le bal, j’ai pris une grande respiration, puis demandé à tous ces visages qui me regardaient fixement de fermer les yeux, et j’ai pensé : “ça y est, maintenant, tu y es ”. A l’époque, j’étais toujours officiellement au chômage, la plupart de mes amis me riaient gentiment au nez quand je mentionnais ma reconversion professionnelle et ma mère, qui n’était pas mal intentionnée mais probablement juste inquiète, m’avait dit : “personne ne t’attend à Paris pour devenir prof de Yoga”. Sauf que personne ne m’avait attendu non plus pour être journaliste et pourtant je l’avais été pendant trois ans…

Je n’ai donc rien écouté de tous les “conseils” que l’on a pu me donner à cette époque, comme celui de rester dans le confort ou encore de penser à l’avenir, à la retraite, et j’ai suivi mon intuition. Petit à petit, mon rêve est devenu réalité. Au bout de deux mois mois seulement je donnais entre 10 et 15 cours de Yoga par semaine, mon salaire avait presque doublé par rapport à celui de mon activité de journaliste – ce qui était à la fois fort improbable et pas bien difficile non plus – mon blog était lu et attirait à mes cours de nombreux curieux qui n’avaient encore jamais fait de Yoga… Ce qui me donnait le sentiment gratifiant d’accomplir mon “devoir” et d’être parfaitement épanouie – c’était en réalité loin d’être le cas mais peu des gens le savent. Honnêtement, j’étais fort loin d’être ce qu’on appelle “une prof star” mais j’avais un petit noyau d’élèves qui me suivait fidèlement, certains admiratifs de mon parcours, d’autres de ma personnalité un peu fantasque ou encore de mes cours faits “d’amour et de transpiration”, comme l’avait si habilement décrit Gabriel – un ange ou un élève, je ne sais plus trop.

Quel est ton secret ? Me demandaient régulièrement les personnes dont je faisais la rencontre grâce à cette vie trépidante. Ce à quoi j’avais l’habitude de répondre : je n’en sais rien. La seule chose que je sais et que je peux transmettre à ce sujet est la suivante : nous avons tous une “légende personnelle” (comme le désigne si bien Paulo Coelho) une chose à laquelle nous sommes indéniablement destinés, et que nous nous devons d’accomplir pour la plénitude de notre Etre. Et des autres. C’est le chemin que votre âme s’est choisie, celui qui vous rend profondément enthousiaste, qui vous met en joie. Et qui par conséquent ne peut être qu’une bénédiction. Malheureusement, nous n’avons pas tous le courage de suivre nos rêves…

Et pour cause, depuis notre tendre enfance il nous a été enseignés que “c’est impossible ». C’est impossible parce que tu es une fille / un garçon. C’est impossible parce que c’est loin. C’est impossible parce que c’est dur. C’est impossible parce que d’autres sont meilleurs que toi. C’est impossible parce que c’est trop tard. C’est impossible parce que tu n’as pas les moyens… Je ne pense pas que mon karma soit plus avantageux que celui des autres. En revanche, je suis née avec la conviction que “c’est possible”. Et je n’ai jamais écouté ceux qui ont essayé de me faire entendre le contraire.

J’ai compris également que la voie qui nous terrifie le plus, est aussi celle où l’Etre va trouver le plus d’exaltation. Je n’ai donc jamais flanché devant la peur, qu’elle soit celle de tout plaquer, de me retrouver seule, de partir à l’autre bout du monde, de changer de métier, de l’inconnu, de monter sur une planche de surf, de vivre au jour le jour, ou de mourir. Je déteste que les choses se terminent, mais en même temps, je prends un plaisir infini à voir le nouveau qui commence. Avec le temps, je suis donc parvenue à me défaire de la culpabilité, celle de ne pas être comme certains auraient voulu que je sois, d’être loin des gens que j’aime, de rompre avec celui ou celle qui n’était pas prêt à me suivre dans cette aventure – l’amour le vrai n’est jamais étouffant, au contraire, il embrase – ou de tout simplement vivre la vie que je me suis choisie. Et d’être bien dans cette vie. Cela a pris du temps de me défaire de ce poids, mais j’ai décidé de ne jamais plus avoir à me justifier sur les choix qui sont les miens. Ma vie n’appartient qu’a moi seule. Et contrairement à ce que pense beaucoup de personnes qui me jugent encore, je vis moi aussi dans la réalité…

Malgré ce que je donne à paraître, tout n’est donc pas toujours de tout repos. Et peu de gens connaissent réellement le quotidien que je mène, ou les expériences que j’ai pu traverser, surtout depuis que j’ai paradoxalement pris la meilleure décision de ma vie : quitter ce que j’avais établi à Paris pour vivre en Indonésie. Je pourrais par exemple vous raconter comment, alors que je suivais donc ma “légende personnelle”, je me suis retrouvée sur un lit d’hôpital à devoir subir une chirurgie en urgence parce que je m’étais réveillée un matin avec un abcès dans un endroit qui, dramatiquement, touchait à ma féminité (oui, opérée en Indonésie sous anesthésie générale dans une pièce non stérilisée). Ou comment, trois jours après avoir traversé la terre entière pour le retrouver, alors même que j’avais déserté l’ile à cause de lui un mois et demi plus tôt, l’homme dont j’étais amoureuse m’a finalement quittée parce qu’il ne m’aimait “pas tant que ça”. Ou comment j’ai découvert en rentrant dans la villa où j’étais hébergée, que toutes mes affaires avaient été cambriolées. Mais surtout, comment je vis chaque jour depuis un an et demi avec la pire douleur qui puisse exister parce qu’on m’a diagnostiquée une hernie discale qui, ironie du sort, m’a contrainte à stopper le Yoga. Pourquoi ? Parce que le secret de la vie c’est de tomber 7 fois, et de se relever 8 fois.

Même dans les moments les plus désespérants que j’ai pu traverser, je n’ai jamais abandonné. Je ne sais pas si “échouer” est indispensable pour apprendre mais qu’il en soit, on échoue. Et quoi qu’il en soit aussi, on finit toujours par se relever, et comprendre (ou non) quel était l’enjeu. Aujourd’hui, par exemple, je suis en mesure de dire que l’abcès avec lequel je me suis réveillée ce triste matin et qui m’a conduite à l’hôpital, m’a rappelée à quel point le corps est sacré et ne doit jamais être partagé à ses dépends ; le cambriolage que j’ai subi m’a encouragée à me désolidariser de certaines personnes qui n’ont rien de mal en soi, mais qui ne me permettaient pas d’accomplir ma légende personnelle ; l’homme qui m’a quittée de façon si douloureuse et injuste, m’a simplement fait prendre conscience à quel point j’avais moi-même cruellement manqué de compassion dans le passé, en piétinant du jour au lendemain la plupart de mes relations, mais surtout à quel point il était nécessaire de s’aimer avant d’être aimé de quelqu’un d’autre. Quant à cette douleur avec laquelle je vis quotidiennement, elle me permet d’utiliser autre chose que mon corps pour developper le lien que mon âme a choisie de developper : celui au divin, car il n’y a que dans la gratitude que je trouve du réconfort, et quoi de plus naturel que la douleur physique pour s’abandonner ? Et le Yoga, que je ne peux plus pratiquer, c’est lui qui m’a conduis ici, dans deux lieux où je vis (presque) en paix : Bali. Et mon corps. Mon corps en tant que canal avec ce qu’il y a de plus grand qui m’échappe totalement. Et dois-je préciser que l’impossibilité de pratiquer m’a conduite dans l’océan, où je passe des heures interminables à faire l’expérience de l’éveil spirituel le plus ultime qu’il soit : comprendre que la vague EST l’océan, et que si la vague est l’océan, qu’en est-il de moi et de l’Univers ?

Peut-être que certains d’entre vous se demandent quel est l’intérêt de suivre sa légende personnelle si c’est pour rencontrer tant de souffrances, prendre autant de risques ? Je répondrais qu’après avoir surmonté les épreuves – et on les surmonte toujours – la joie dont on fait l’expérience n’a pas d’équivalent. Elle est ultime. Les douleurs que je vis sont si peu, en temps et en proportion, comparées à celle de mener une vie que je ne me serais pas choisie. Et je préfère de loin connaître la souffrance que je connais, vive et concise, plutôt que l’amertume dont on ne peut plus se défaire après avoir passé son temps à subir l’existence menée. Mon Etre finit toujours par lâcher prise là où cela paraissait impossible, probablement parce qu’il reconnaît chaque jour qui passe que, finalement, tout ce que j’ai toujours voulu est si proche, sinon déjà là.

Et surtout : qu’il est digne du bonheur qu’il a choisi et qu’il n’y a aucune raison de se sentir coupable pour ceux qui y ont renoncé…

Oh et comment je fais pour surfer avec une hernie discale… Qui a dit que « c’était impossible » ? 😉

Crédit photo : © Ryandi

18 Comments

  1. Maud
    31 août 2017

    Laura,
    Ce témoignage est tellement magique et touchant. Je n’ai pas assez de mots pour exprimer ce que je ressens. Tu es incroyable. Tu es magnifique. Je t’embrasse

    • Laura
      1 septembre 2017

      Merci beaucoup Maud, cela me touche beaucoup. Love <3

  2. Laure
    31 août 2017

    Bonjour Laura
    Vous avez raison tout est possible même l’impossible
    !
    Et oui les épreuves de la vie nous apprennent des choses et nous permettent d’aller de lavant . J’ai vécu ce que je considère la pire épreuve de vie pot une Maman : voire son enfant mourir dans ses bras … c’était il y a un an. J’ai repris le yoga arrête de travailler et le cours de ma vie est en pleine mutation pour comprendre et savoir ce que je peux faire de tout ca . Alors bravo et merci de partager tout cela ca demande de l’humilité et beaucoup de joie et de confiance . Et je pense que quel que soit notre chemin de vie et nos épreuves nous avons tous en effet des portes à disposition vers deq univers des projets des réalisations qui nous accomplissent et nous correspondent quil suffit d’ouvrir .

    je ne vous connais pas mais vous embrasse du fond du cœur . Bon rétablissement 🙂

    • Laura
      1 septembre 2017

      Bonjour Laure,
      Merci pour votre témoignage. Je vous souhaite bien du courage dans cette mutation que vous vivez, j’ai du mal à imaginer la douleur qui doit être la vôtre.. Et je compatis du fond du coeur.
      Sincèrement
      Laura

  3. Tal
    31 août 2017

    Merci pour cet article touchant. Je suis profondément d’accord avec ce que tu énonces ici : toujours suivre son instinct, sa passion, ce pourquoi nous sommes sur Terre. Et ne jamais renoncer. Car on tombera, c’est certain, mais qu’on pourra (devra!) toujours se relever.
    <3

  4. Christelle
    31 août 2017

    Tes mots me touchent. Ton témoignage m’a transportée et je me reconnaîs dedans. Toujours se relever et rien est impossible je suis entièrement d’accord. Sur d’autres points aussi.
    Je t’aime fort ma Chatte ❤️ Tu es loin de moi mais pas de mon coeur.

    • Laura
      1 septembre 2017

      Merci ma douce <3 Je t'aime aussi très fort et tu es dans mon coeur quoi qu'il arrive…

  5. Stella
    1 septembre 2017

    Bonjour
    Merci de ce témoignage poignant ! Cependant en tant que médecin et professeur de yoga , je suis surprises que tu ne puisses plus du tout pratiquer . Toutes les,poses,ne sont pas proscrites bien au contraire. Mais le,yoga restaurateur? Certaines pratiques douces ? Et le yoga n’est pas que l’Asana, je dirais même que cela n’est pas l’essentiel. Continues tu à méditer, respirer ? Bonne continuation
    Stella

    • Laura
      1 septembre 2017

      Bonjour, je fais un peu de Pilates au réveil pour reconstruire les muscles profonds, des étirements dans la mesure du possible, et oui je respire. Cela dit, je pourrais accorder davantage de temps à du Yoga restauratif, c’est certain. Première infiltration en décembre prochain, un an et demi de douleurs, anti-inflammatoires tous les jours… :/

  6. Criss
    1 septembre 2017

    Quelle belle leçon de vie, merci …

  7. nicolas
    1 septembre 2017

    Merci encore pour ton témoignage criant de véracité. C’est très certainement toi qui es le plus dans le réel.

     »Plutôt mourir debout que de vivre à genoux. » Albert Camus, dans son livre  »L’homme révolté »

    C’est tellement vrai que l’on se fait bouffer par les conseils/critiques des autres, toujours plus influents dans les doutes quotidiens, que la peur de rater sa vie est un tel choc que l’on ne force pas le destin. Suivre son intuition, sa bonne étoile, son ange gardien est un courageux pas de côté dans un chemin de traverse inconnu, et ce témoignage illustre avec humilité le poème  »Sensation » d’Arthur RIMBAUD

    Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
    Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
    Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
    Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

    Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
    Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
    Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
    Par la Nature, – heureux comme avec une femme.

  8. Lolli
    2 septembre 2017

    Merci pour ton article qui secoue et nous donne un bon coup de pied dans le derrière. Merci beaucoup 🙂

  9. Klervi
    5 septembre 2017

    Très bel article, très touchant et inspirant (ainsi que tous les commentaires qu’il a suscités).
     
    Vous pouvez être fière du chemin que vous avez accompli : on sent que  vous avez trouvé votre voie ! Vous partagez votre passion avec un tel enthousiasme qu’il est réellement communicatif et donne envie de vous suivre dans vos projets.
     
    J’ose enfin commenter sur votre blog, car cette article résonne particulièrement avec ma situation actuelle : je suis en pleine réflexion pour me lancer dans le yoga et dans les thérapies énergétiques.
    Le déclic a été des problèmes de santé dont, je pense, la pression dans le milieu du travail dans lequel j’exerce encore (avant le grand saut) n’a pas été anodine .
    Parfois, se retrouver aux pieds du mur nous force à nous interroger sur des questions que nous mettons de côté quand tout va bien et c’est là que l’on grandit et apprend.
     
    Bon courage pour vos soucis physiques, mais je ne doute pas que vous avez les ressources nécessaires pour les surmonter avec brio !

  10. Mirana
    12 septembre 2017

    Superbe texte, vraiment.
    Et si tu essayais l’EFT pour ton hernie discale et tenter de reprendre le yoga ? Merci beaucoup pour ces jolis mots, tu es inspirante. Keep going. ✨

  11. Aurélie
    23 septembre 2017

    Bonjour, tombé par hasard sur votre blog par rapport à l’article sur le féminin sacré, j’ai lu aussi votre article sur votre parcours. Avez vous pensé à vous référer aux maux du corps pour votre hernie discale. Taper maux du corps hernie discale et peut être que cela pourra vous aiguiller, ne jamais oublier que les douleurs, les maladies de notre corps sont la pour nous aider à mettre le doigt sur ce qui ne va pas. Je repasserais de temps en temps. Merci pour votre travail et bonne continuation.

  12. Mathilde
    13 octobre 2017

    C’est probablement le texte le plus inspirant que j’ai lu depuis le début de l’année…
    Touchée en plein coeur.
    Magnifique. Merci.

  13. Nathalie Marty
    19 octobre 2017

    Bonjour Laura,
    Merci de partager avec nous ton expérience, je n’ai jamais lu une histoire aussi inspirante. Je me dis toujours que tout est possible si on y croit et qu’on y mette tout notre coeur. Mon frere souffre d’une hernie discale et son medecin lui a interdit beaucoup de chose (au risque de se retriuver dans une chaise routante) on a tous peur pour lui mais la jeunesse ne connais pas ll’interdit. On espere que tout ira bien.

    • Laura
      21 octobre 2017

      Bonjour Nathalie,

      Merci pour ton message.

      Il est vrai que l’on entend souvent dire que la hernie discale représente un risque de paralysie de part le fait que le nerf soit directement touché. Néanmoins, je crois d’expérience que la pire des choses à faire est de rester immobile, il faut continuer de bouger, de se muscler (avec des méthodes douces comme le Pilates), ramener du mouvement dans la colonne (les seances de physiotherapies font beaucoup de bien), et surtout éviter la position assise trop longtemps ou avachie sur un canapé. Cependant il faut bien sûr être conscient de ce que l’on fait quand on bouge et s’écouter.

      Bon courage à lui

Laisser un commentaire

Une image bien sympa est normalement à cette place. Actualise la page ça va le faire.Free spirit, ocean addict & gypsy soul, je vis barefoot sous les palmiers. Ici, je partage avec vous mes bons plans à Bali, ma passion pour le surf, le Yoga et mon lifestyle de digital nomad.

contact{at}laurayoga.fr

Yoga, surf, massages énergétiques, mystic healing, aventures... Partez vous ressourcer dans les plus beaux endroits du monde, recevez l'enseignement de véritables guides spirituels, découvrez la vie locale et revenez transformé. Prêt pour un endless summer ?

Une image bien sympa est normalement à cette place. Actualise la page ça va le faire.
Une image bien sympa est normalement à cette place. Actualise la page ça va le faire.

Bijoux handmade, cosmétiques naturels, homeware wild, déco gypsy... L'Ile des Dieux dans votre boîte aux lettres tous les mois.